Présence de chlorothalonil-R471811 dans l'eau - Nouvel avis de l'Anses : les réponses à vos questions

Suite à la découverte de la présence de chlorothalonil-R471811 (métabolite d'un fongicide interdit depuis 2020) dans l'eau potable, l'Agglomération a pris la décision, suivant un principe de précaution et à titre préventif, de mettre temporairement à l’arrêt tous ses captages d’Aunis et de distribuer aux habitants uniquement de l’eau provenant de Coulonge et Saint-Hippolyte Eau17. Annoncée le 18 octobre 2023, la mesure a été effective du 25 octobre 2023 au 18 juin 2024.

La remise en service des ouvrages, incontournable pour que l’Agglomération soit en mesure de répondre à l’augmentation de la demande en eau potable estivale, a eu lieu peu de temps après la parution d’un nouvel avis de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail sur le chlorothalonil-R471811, qui conclut à sa « non pertinence » (voir questions 5 et 6).

Le chlorothalonil a été mis sur le marché en 1970. Il est entré dans la composition de nombreux produits phytosanitaires pour les céréales, légumes, fleurs, gazon… et biocides pour les peintures, produits de traitement du bois…

En France, son usage en tant que biocide n'est plus autorisé depuis 2010, et depuis 2019 en tant que substance active phytosanitaire, suite au non renouvellement de son approbation par l’Europe. En pratique, l’utilisation des stocks a été tolérée jusqu’en mai 2020.

En-dehors de l’Europe, ce produit est encore utilisé dans de nombreux pays.

Le chlorothalonil est la molécule qui entre dans la composition d’un fongicide. Un fongicide est un produit utilisé pour lutter contre les champignons qui causent les maladies des plantes comme le mildiou, l’oïdium, les moisissures...

Une fois appliquée sur les cultures, la substance active se dégrade sous l’effet de différents facteurs et donne naissance à d’autres molécules qu’on appelle « métabolites » ou « molécules filles ».

Le chlorothalonil-R471811 est un métabolite, ou produit de la dégradation du chlorothalonil.

Les métabolites n’ont pas toujours les mêmes propriétés physico-chimiques que la molécule dont ils sont issus : activité biocide ou phytosanitaire, toxicité, solubilité dans l’eau, mobilité dans le sol...

La substance active du chlorothalonil est très peu soluble dans l’eau, contrairement à son métabolite chlorothalonil-R471811 qui est très rémanent et facilement entrainé par les eaux de ruissellement vers les cours d’eau ou les nappes.

C’est en Suisse que le chlorothalonil-R471811 a été détecté pour la première fois, en 2017. Une campagne de recherche systématique a été lancée en 2019. Elle a mis en évidence la présence généralisée de cette molécule dans les eaux souterraines.

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) mène régulièrement des campagnes comparables. Vu les résultats publiés par la Suisse, celle de 2020-2021 a porté sur une liste de pesticides et métabolites de pesticides non analysés habituellement dans le cadre du contrôle sanitaire mis en œuvre par les ARS. Des métabolites du chlorothalonil ont été recherchés.

Les résultats de cette étude ont été rendus publics en mars 2023. Le chlorothalonil-R471811 a été quantifié dans plus de 50% des échantillons d’eaux brutes et d’eaux traitées de France (60% en eaux brutes et 57% en eaux traitées).

Les laboratoires d’analyse ont alors été incités à développer des protocoles de mesure. Les Agences Régionales de Santé ont ajouté le chlorothalonil-R471811 à leurs contrôles de routine. En Charente-Maritime, c’est le cas depuis le 1er juillet 2023. L’agglomération de La Rochelle avait communiqué sur ce sujet au mois d’août 2023.

Dans le cas des autorisations de mise sur le marché des pesticides, l’évaluation de leurs potentiels effets sur la santé est évalué :

  • à l’échelle européenne par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA),
  • à l’échelle française par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).

Cette évaluation est établie en fonction des données disponibles au moment de l’étude. Elle évolue au fur et à mesure de la publication de nouvelles connaissances scientifiques.

En 2019, l’EFSA a classé le chlorothalonil en catégorie 1B* « substance dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est supposé». La substance a alors été retirée du marché.

L’EFSA n’a pas statué sur les potentiels effets sur la santé du chlorothalonil R-471811. Le Ministère de la Santé a demandé le 1er février 2021 à l’ANSES d’étudier cette question.

L’ANSES a rendu un premier avis le 26 janvier 2022. Dans cet avis, le chlorothalonil-R471811 était classé en métabolite « pertinent », ce qui veut dire que la molécule est suspectée de présenter un risque pour la santé humaine. Il manquait cependant plusieurs éléments pour étayer cette décision et l’ANSES a appliqué le principe de précaution en attendant de les avoir.

Un nouvel avis a été rendu le 29 avril 2024, tenant compte de nouvelles études. Dans cet avis, l’ANSES revoit le classement du chlorothalonil-R471811 en métabolite « non pertinent », ce qui veut dire que la molécule ne présente finalement pas de risque pour la santé humaine.

* Selon le règlement CE n°1272/2008 relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges, il y a trois catégories de substances cancérogènes ou susceptibles de l’être :
Catégorie 1 : « cancérogènes avérés ou présumés pour l’être humain »
1A : « substances dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est avéré »
1B : « substances dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est supposé »
Catégorie 2 : « substances susceptibles d’être cancérogènes pour l’homme »

C’est important pour l’application de la réglementation relative à la surveillance de la qualité des eaux destinées à la consommation humaine, qui vise à garantir la sécurité des consommateurs.

L’eau distribuée par l’Agglomération de la Rochelle respecte la réglementation. Elle est consommable sans danger pour la santé, y compris par les nourrissons, les femmes enceintes, les enfants et les personnes âgées ou fragiles.

L’arrêté du 11 janvier 2007 fixe les limites de qualité des eaux destinées à la consommation humaine.

Pour les pesticides et leurs métabolites « pertinents », la limite réglementaire de qualité dans l’eau du robinet est fixée à 0,1 μg/L par molécule, et à 0,5 μg/L pour le total des molécules quantifiées.

Pour les métabolites « non pertinents », c’est une « valeur indicative » de 0.9µg/L qui s’applique.

Ces valeurs ont pour objectif de maintenir la présence de ces composés à un niveau bas et sécuritaire. Ce sont des seuils d’alerte qui appellent des mesures correctives de la part des personnes responsables de la production et de la distribution de l’eau potable (PRPDE).

Une note d’information transmise par l’ARS aux PRPDE de Charente-Maritime explique les conséquences du classement du chlorothalonil-R471811 en métabolite « non-pertinent » pour les eaux destinées à la consommation humaine. En résumé :

  • L’eau de l’agglomération redevient mécaniquement « conforme » à l’arrêté du 11 janvier 2007 à la date du 29 avril 2024 pour le paramètre chlorothalonil-R471811.
  • Le suivi renforcé du chlorothalonil-R471811 va se poursuivre.
  • À court terme , il n’est techniquement pas possible de distribuer une eau à des concentrations inférieures à 0.9µg/L partout. Les concentrations seront maintenues le plus proche possible de cette valeur, et des études sont engagées pour que passer en dessous devienne possible à moyen terme.
  • L’Agglomération de la Rochelle s’engage à poursuivre sa politique de protection des captages (voir question 10).

Les données des résultats du contrôle sanitaire sur la qualité de l’eau du robinet sont publiques :

  • Les résultats des analyses du contrôle sanitaire sont publiés en continu sur le site du ministère chargé de la santé: https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/eaux/eau
  • Une fiche d'information annuelle de la qualité de l'eau rédigée par l'ARS est adressée aux abonnés à l’occasion d’une facture d'eau. Cette synthèse reprend les éléments issus du contrôle de l’eau (microbiologie, nitrates, pesticides, etc.) et présente des recommandations d’ordre sanitaire, en particulier vis-à-vis du plomb, des nitrates et du fluor. On peut la retrouver ici : https://carto.atlasante.fr/1/ars_metropole_udi_infofactures.map

Bien que ce problème doive en premier lieu être réglé par les personnes responsables de la production et de la distribution de l’eau potable, le consommateur est libre de procéder à toute installation destinée à son usage privé.

Il est toutefois recommandé de demander des garanties d’efficacité du système installé, et de la potabilité de l’eau traitée. Un entretien très rigoureux peut être nécessaire, sous peine de générer d’autres problèmes de qualité d’eau, comme des développements bactériens qui peuvent être plus néfastes à la santé à court terme que la présence de traces de pesticides.

Les méthodes suivantes notamment sont inefficaces sur le chlorothalonil-R471811 :

  • Faire bouillir l’eau avant consommation : pour détruire la molécule il faut des températures bien supérieures à la température d’ébullition de l’eau.
  • Utiliser des carafes filtrantes : le charbon actif ne piège pas le chlorothalonil-R471811 ; même celui employé par les PRPDE (les services responsables de la production ou de la distribution de l'eau potable) dans les usines de production d’eau potable n’y parvient pas bien.
  • Consommer de l’eau embouteillée : cela peut être une solution, mais il faut vérifier que sa composition est compatible avec votre état de santé. Les informations peuvent être demandées auprès du service consommateur indiqué sur l’étiquette de la bouteille. NB : aucun dégrèvement sur la facture d’eau n’est prévu pour les personnes qui choisissent cette solution.

Il est probable que des métabolites du chlorothalonil soient présents dans les eaux potables depuis les années 70, quelque temps après le début de son utilisation en agriculture.

L’utilisation du chlorothalonil est interdite depuis mai 2020. Les concentrations en chlorothalonil-R471811 vont donc décroitre, mais il est probable qu’il faudra plusieurs années ou décennies pour revenir à des concentrations minimes dans les eaux superficielles et souterraines.

Un traitement serait très couteux et difficile à mettre en place. En outre ce n’est pas une solution au problème de santé publique et environnementale global et récurent que pose l’usage généralisé des pesticides.

Car de nombreuses autres molécules sont utilisées tous les jours. La majeure partie des apports en pesticides par l’alimentation ne provient pas de l’eau mais de la consommation de fruits, légumes, céréales... (ANSES (2013) Evaluation des risques liés aux résidus de pesticides dans l’eau de distribution, cf. p. 81)

Les autres sources d’exposition sont l’air, les poussières et les sols, le contact direct par la peau comme par exemple l’application de produits vétérinaires.

Une protection préventive des eaux est indispensable. Le problème de la contamination aux pesticides doit être traité à la source et les apports de substances réduits.

L’Agglomération de la Rochelle a opté pour la compétence optionnelle « protection de la ressource ». À ce titre, elle promeut l’agriculture biologique. En parallèle, elle s’investit avec ses voisins et partenaires dans un projet alimentaire de territoire et un contrat local de santé qui contribuent tous deux à l’objectif de réduire l’exposition aux pesticides.